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 Cannabis - Entretien avec le Docteur Barsony

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kiwy-x(preventek)
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MessageSujet: Cannabis - Entretien avec le Docteur Barsony   Jeu 9 Déc 2010 - 12:54

Voilà un article particulièrement intéressant

Entretien avec le Docteur Barsony à propos de la consommation de cannabis


Entretien avec le Docteur Barsony à propos de la consommation de cannabis
"Apprendre à se droguer est le seul moyen pour résoudre le problème des drogues..."
Source : Charlie Hebdo n°820
Date : 5 mars 2008

Bien que très occupée à museler les chiens dangereux et à démuseler les culs-bénits à coups de « laïcité positive », la ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, a encore un peu de temps pour s'occuper de la « lutte contre la drogue » - entendez, les fumeurs de chichon -, qu'elle compte placer en tête de ses priorités. Nous avons demandé son avis sur le problème à un spécialiste de la question : le Dr Jacques Barsony, précurseur des traitements de substitution en Haute Garonne.

Propos recueillis par Sylvie Coma


Que pensez-vous de la pénalisation de la consommation de cannabis ?

Dr Jacques Barsony : Le chapitre consacré au cannabis de l'ouvrage Drogues, savoir plus, risquer moins, édité par la MILDT (Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie) et le CFES (Comité français d'éducation pour la santé) en 2000, sous les auspices du gouvernement français, commence par cette phrase : « Le joint de cannabis est le premier produit illicite consommé dans notre société, au point qu'on ne sait pas si le cannabis est légal ou pas. » Depuis, le nombre de personnes concernées est en augmentation régulière. La loi du 5 mars 2007 sur la prévention de la délinquance prévoit une amende de 450 euros maximum et un stage de sensibilisation pour les simples consommateurs (rarement importunés jusque-là), qu'elle ,prend pour cible. Cette loi s'ajoute à la loi de 1970, l'une des plus dures en Europe. Ce qui fait qu'il ya maintenant officiellement 12 millions de nouveaux délinquants : c'est le nombre de ceux qui ont consommé, ne serait-ce qu'une fois dans leur vie, du cannabis. Et il y a un risque d'emballement automatique avec les récentes mesures contre la récidive, comme les peines planchers. Il est vrai que l'objectif d'interdire sans le pouvoir d'interdire avait créé, du point de vue légal, une situation délétère. Les lois non respectées ne sont pas respectables, et les lois non respectables ne sont pas respectées. Il fallait sortir de ce paradoxe. Mais l'application stricte des nouvelles mesures serait une véritable déclaration de guerre à l'ensemble de la jeunesse. Certaines lois mettent de l'ordre, d'autres du désordre.

Et les stages de sensibilisation, vous n'y croyez pas ?

Le décret d'application précise qu'il s'agit de « faire prendre conscience au condamné des conséquences dommageables pour la santé humaine et pour la société de l'usage de tels produits ». Il va être très difficile de convaincre le « condamné » des dommages de la simple expérimentation du cannabis, puisqu'il n'y en a pas. Les schizophrénies ? Les déceptions amoureuses et l'échec scolaire en déclenchent plus que le cannabis. À ce compte-là, interdisons l'amour et l'école. Quant au papa du condamné, à l'inverse, il va être très difficile de le convaincre qu'il n'y a pas de dommages, vu ce que ça va lui coûter. On imagine facilement les discussions qui vont s'ensuivre, on entend déjà les portes claquer. Cette loi n'est pas faite pour la paix des familles. De toutes les familles, car il est impossible d'échapper à la question du cannabis, et elle se pose de plus en plus tôt. Dès la petite école, les enfants ramènent à la maison, avec un air coquin, des questions qui ne sont pas anodines, et plus tard le cannabis fera partie des rituels de l'adolescence. Il faudrait pouvoir expliquer, éduquer. Cela passe par la négociation. Or il n'y a rien à négocier, les lois prohibitives ne le permettent pas : c'est interdit, point. Mais pourquoi ? L'argumentaire est faible, sinon inexistant. La loi laisse les parents démunis, ne sachant quoi dire ou répondre, ils sont disqualifiés, parfois dans le déni, parfois même pris en otages ou complices. D'autres fois, au contraire, c'est un état de « guerre civile » qui s'installe dans les familles. Ce n'est pas ainsi que se construit l'autorité.

Comment parler du cannabis ?

Si le cannabis pouvait sortir de sa position underground et trouver une place comme drogue festive, on pourrait en parler mieux, l'utiliser mieux, on pourrait apprendre à se droguer et à ne pas se droguer. Et si l'on en croit l'expérience hollandaise, on se droguerait moins. On n'y coupera pas, il va falloir lâcher un peu plus sur le cannabis. Cela fait peur ? Et alors ? Le cannabis n'est pas anodin, on est bien d'accord. Mais d'autres drogues, bien plus dangereuses, comme l'alcool, qu'on ne présente plus, ou les barbituriques, assez toxiques pour avoir tué après une longue dépendance leurs deux inventeurs, ont été apprivoisées grâce à un usage ritualisé et un cadre légal adapté. En fait, toutes les drogues ont été, à un moment ou un autre, à un endroit ou un autre, utilisées sans dommages pendant des périodes plus ou moins longues. Au début du XXe siècle, toutes les drogues, sur toute la planète, étaient en vente libre dans les pharmacies, les drogueries et les bien nommés drugstores.

Qu'est·ce qui fait que certaines substances effraient la société, et d'autres non ?

Les drogues en soi ne sont que des objets inoffensifs, elles n'attaquent pas l'homme. Ce qui fait peur, ce qui fait d'un produit une « drogue », c'est l'assimilation de ce produit à un groupe, ethnique, social ou religieux, rejeté. Cela a été le cas de l'opium, associé aux immigrants chinois, ou de la cocaine, associée aux minorités noires des ghettos d'Amérique. En Europe, l'alcool a été stigmatisé à travers la « dégénérescence » de la classe ouvrière, et le LSD associé aux excès de la jeunesse.

En quoi le cannabis serait-il une drogue « différente » ?

C'est un stupéfiant inclassable, car, pour des raisons pharmacologiques, il parcourt, sans insister, mais sans avertir, sur la pointe des pieds,
les différents effets de tous les autres stupéfiants. Il peut être euphorisant, calmant ou excitant, provoquer des états de panique, des accès paranoïaques, enivrer, jouer les hallucinogènes, et même ne faire semblant de rien. Pour couronner le tout, il peut changer d'effet en cours de route. C'est la drogue la plus désordonnée : même la gaieté irrésistible qu'elle provoque recèle quelques pépites d'angoisse. C'est la plus rebelle : son effet est variable, non seulement selon la qualité et la dose, mais aussi, selon les individus, et pour chaque individu, selon le moment et les circonstances. C'est une auberge espagnole : on n'y trouve que ce que l'on y apporte. On a intérêt à être au clair avec soi-même.

Comment agit·il ?

À la différence des autres drogues, le cannabis agit sur les pieds et les jambes, qu'il ramollit et déconnecte du cerveau, qui, lui, est stimulé. Mais comme le rôle essentiel du cerveau est de décider de l'endroit où l'on va mettre ses pieds, on finit généralement sur le cul, dans un canapé, le joint à la bouche, la télécommande dans une main et la bière à portée de l'autre. C'est la retraite avant l'âge. Le cannabis n'est ni une drogue dure ni une drogue douce, c'est une drogue molle qui parfois s'apparente aux sables mouvants, on s'y enlise. Cette propriété du cannabis est d'ailleurs utilisée par certains consommateurs hyperactifs pour contenir leur effervescence. Se droguer ne demande aucune aptitude, aucun talent, aucun effort, il suffit d'aspirer, de sniffer, de gober. C'est l'extase à la portée des caniches, il n'y a pas de quoi se vanter. Il y a des partisans de l'utilisation médicamenteuse. Tel quel, le cannabis n'est pas assez prévisible, pas assez fiable pour pouvoir être un jour utilisé comme médicament. Aucun médecin ne peut dire avec assez de certitude : « Prenez-en, ça vous fera cela. » Il n'en sait rien. Plus honnêtement, il devrait dire : « Prenez-en, on verra bien ce que ça vous fera ... » Mais ce n'est plus de la médecine. Seul un consommateur habitué aux effets du cannabis peut revendiquer quelques compétences (encore que ceux qui arrêtent revoient souvent leur jugement) et prendre le risque de l'automédication, mais pas un médecin. Il faut arrêter l'hypocrisie. Si le cannabis doit être défendu, c'est comme drogue, pas comme médicament.

Comment défendre une drogue ?

Comme drogue, il a largement fait la preuve de son intérêt. En témoignent la longévité et l'étendue de son succès, ainsi que son innocuité : cannabis égale zéro mort et peu de dépendance. Cependant, cela ne fait pas de lui un stupéfiant sans danger, ce n'est pas une drogue pour tous, ni pour tous les jours. C'est aussi, selon les individus, et pour chaque individu, selon le moment et les circonstances. C'est une auberge espagnole : on n'y trouve que ce que l'on y apporte. On a intérêt à être au clair avec soi-même. C'est une drogue pour adultes, mais si l'on est trop fragile psychologiquement, il vaut mieux s'abstenir. Consommer du cannabis est une expérience qui peut faire basculer. Ce n'est pas non plus une drogue à utiliser au quotidien. Un joint n'égale pas un verre de vin, car son effet est durable. Pris le soir, son effet se prolonge le lendemain, pris le matin, on passe sa journée décalé, sous influence, pas tout à fait dans l'état naturel. Or, comme tout le monde le sait, qu'on doive les états seconds au cannabis, à l'excès d'alcool ou à n'importe quoi, ils sont faits pour rester seconds, pas premiers. Ce n'est pas pour rien que les consommations de drogues sont traditionnellement liées à la fête. Rituel régulateur, la fête se définit sous toutes les latitudes par l'excès et l'exception, la fête tous les jours, ce n'est plus la fête. Tout au plus une fuite.

Selon vous, quelles actions devraient mener les pouvoirs publics ?

Les drogues ne sont pas égales entre elles, et les hommes ne sont pas égaux devant les drogues. Apprendre à se droguer est le seul moyen de résoudre le problème des drogues. Il y a plusieurs manières de se droguer, de s'enivrer, qui ne se valent pas, qui n'ont pas le même sens, quand elles n'ont pas des sens opposés. Voilà sur quoi il faut batailler. C'est le débat indispensable, mais il n'est pratiqué que dans les lieux de soins, c'est-à-dire trop tard. Il est rare dans les familles, impensable à l'école et dans aucun lieu public, car la loi l'interdit et les politiques l'évitent. Ils préfèrent des terrains moins risqués, la lecture de la lettre de Guy Môquet, par exemple. Les professeurs vont devoir faire le grand écart entre ceux du premier rang, qui lisent la lettre de Guy Môquet, et les autres, au fond, qui fument la moquette. Car quand on parle de drogue aujourd'hui, c'est de la jeunesse qu'on parle. La pure et simple interdiction témoigne de la piètre opinion qu'on a de nos enfants et du manque de confiance dans nos capacités à les éduquer. Pourtant, ils ont appris à boire, ils peuvent bien apprendre à se droguer. Qui peut le plus peut le moins. D'ailleurs, il n'est pas sûr qu'ils ne sachent pas déjà mieux se droguer que boire... Sarkozy a pourtant des idées sur l'éducation...
Que les enfants ne se lèvent pas quand le professeur entre dans la classe, c'est peut-être dommage - encore que l'abandon de la révérence et du baisemain n'ait pas nui aux relations entre les hommes et les femmes, bien au contraire. Mais que des enfants, parce qu'on ne leur a pas appris, se droguent comme des pieds, c'est autrement plus grave et cela engage autrement la responsabilité des adultes. « Ils n'ont qu'à pas se droguer ! » Tu parles ! Comme s'il y avait des gens qui se droguent et d'autres qui ne se droguent pas. Disons plutôt qu'il y a une manière traditionnelle, rassurante et même valorisée de s'enivrer, avec l'alcool par exemple, et une manière étrange, inquiétante, intolérable de s'enivrer, avec le cannabis. L'une est du côté des plus vieux et l'autre concerne les plus jeunes. Néanmoins, tous se droguent ou s'enivrent, depuis la nuit des temps. La sobriété est l'apanage des animaux.

merci a kozeame de me laisser partager leur sujet.big-up....

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